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SERPENT NOIR Lundi 21h00
Avec Ali je vais à une fête organisée à l’occasion de fiançailles. Nous
sommes sur le toit terrasse d’une grande maison. L’air est ni chaud ni
frais et le ciel plein d’étoiles. Il y a une ambiance de fête
enivrante. Les musiciens invitent tout le monde à danser, les mamans crient
de joie des you-you, invitent à boire ou à manger ce qui est présenté
sur les tables et les enfants jouent. De belles jeunes femmes dans de
beaux habits ondulent sur la musique invitant à la danse. Des hommes
tranquilles parlent entre eux, rient doucement, saluent les nouveaux
arrivés ou jouent avec les enfants. Plus tard, à l’heure du repas, Ali et moi sommes invités avec les hommes, à part. Je m’assoie avec Ali autour d’une table ronde et un immense plat arrive :
tajine aux pruneaux ! Un homme s’adresse à Ali et me regarde. Ali
lui répond en marocain, l’homme me regarde et sourit. Il se pousse un
peu, m’invite à m’approcher. L’homme rompt du pain, le partage avec moi
et me fait signe de commencer à manger. Comme je ne parle pas marocain,
l’homme me lance des regards interrogatifs. J’imagine : d’où
viens-tu ? qu’est-ce que tu fais ici ? manger avec les mains
ne te dérange pas ? le repas te plait ? Mes yeux gourmands
lui font réponse ! Je le regarde et je hoche plusieurs fois la
tête en levant les sourcils en l’air. L’homme sourit et semble
satisfait. Il hoche la tête également et sur son visage une réelle joie
se dessine. Il semble apprécier de partager ce moment avec nous. Il
s’adresse à Ali, Ali répond en me traduisant un peu la conversation.
J’explique d’où je viens, ce que j’aime ici. Nous retournons à la fête.
Manger avec les mains dans le même plat que tout le monde me procure un
rapport différent avec la nourriture et les personnes avec qui je
mange. Plus que de la convivialité d’un repas partagé, manger avec les
mains me donne également une sensation de partage plus généreux, plus
respectable de l’autre, de soi.
D’autan
diront que ça évite la vaisselle, que c’est pas hygiénique, que chez
eux on fait pas comme ça et qu’il vaut mieux faire comme ceci…
Foutaises ! La preuve ? La voici : nombre d’entre nous
critiquons certaines coutumes et traditions sous prétexte qu’ils
trouvent ça bizarre, moyenâgeux, voir choquant et j’en passe.
Avouez ! Ce qui nous choque chez les autres, nous semble naturel
chez nous, cela prend juste une autre définition. Manger avec les
mains ! Cette histoire ! Tu manges ton Kébab avec une
fourchette toi ? Et les Nems ? A la cuillère les Nems ?
Et la Pizza ? Et la Calde ? Même, je défis quiconque de
passer un bon moment à manger des crevettes par l’intermédiaire d’une
fourchette et d’un couteau… Mieux ! Imaginez les huîtres ou les
moules marinières à la petite cuillère ! J’ai
même entendu dire par une jeune étudiante d’Aix-en-Provence, dont
l’accent faussement pointu m’écorchait l’esgourde, que le caractère
tribal du rapport à la nourriture de certains peuples met en évidence
la hiérarchisation de la société dans laquelle les différentes
communautés investissent les espaces de pouvoirs. Fermes tes
livres-lèvres petite ! Et sors voir le monde ! Elle me
racontait ça la bouche pleine de son hamburger… Ecoute petite, de quel
peuple crois-tu être ? Toi qui bâfre ton hamburger à pleine main
en essayant de ne rien faire couler de la sauce aigre-douce qui gicle
d’entre les strates de nourriture de ton burger, de quelles communautés
crois-tu faire partie ? Hé, petite, à ton avis, quel espace de
pouvoir crois-tu investir en avalant ce clown de Mc Do ? Enfin
petite, de ton café colombien du matin, réveillant ta flemme, jusqu’au
soir où ton spliff de beuh d’Hollande t’endort, qui investit
quoi ? Passons.
Mardi 1h00
En courant j’arrive à la maison des parents d’Ali. Tout le monde
m’attend, il reste peu de temps pour rejoindre la gare. Au revoir
Myriam et toute la famille ! Quelques minutes plus tard je suis
déjà dans le train. Au revoir Mekhnès ! Tes minarets qui
surplombent ta médina disparaissent peu à peu. Je n’entend plus le son
de tes souks, je ne sens plus l’odeur de tes marchés. Je ne vois plus
ni tes rues, ni tes collines. Je rejoins les voyageurs et le
train branque ballant me mène vers Tanger. Nous sommes nombreux dans le
wagon. Toutes les places sont prises et bien plus. Un homme en uniforme
passe parmi nous en poussant péniblement devant lui un chariot à
boissons. Je prend un café. Il est fort et à plus de goût qu’à la
SNCF ! Le train s’enfuit dans la nuit. Je commence à fatiguer, il
est tard. Après quelques arrêts en gare, le train se vide. Je me dirige
vers un autre wagon qui ressemble à un wagon-restaurant sans
restaurant. Il fait très sombre. Certains discutent d’autres dorment à
même le sol, d’autres encore dorment sur les tables. Je trouve une
place. Je mets un sac à terre, les pieds dessus, un sac sur la table,
ma tête sur le sac et j’essaie de dormir un peu. Je ne m’arrêterai
qu’au terminus, alors… je me laisse envahir par la fatigue et le
sommeil. Le train roule vers Tanger, Inch’ Allah.
Mardi 05h00 J’entend
gueuler au loin, puis tout près de moi. J’ouvre les yeux et le jour
m’éblouis. Nous arrivons à Tanger. La foule s’excite, se presse vers
les sorties. Taxis, port,je suis la file qui mène jusqu’à l’embarcadère
pour prendre le bateau. Les porteurs te proposent de t’aider contre
quelques dirhams, la police locale est présente et surveille le flot
des passants. Passeport. Dans ces moments où je passe les ports et en
l’occurrence les frontières, je pense toujours au film midnight
express. Je n’ai rien à craindre car je ne passe rien, mais la
suspicion naturelle de tous les flics de la planete me met mal à
l’aise. Surtout lors d’un contrôle de billets ou papiers, lorsque le
préposé au contrôle fait une pose courte mais significative entre ta
photo et ta trombine. Ce temps de pose là, je ne le comprend jamais.
Comme si dans cet instant le contrôleur attendais de l’autre des aveux,
un signe de malveillance, voir un vice de forme caché. Bref, me voici à
bord du bateau qui lentement quitte la côte. Derniers regards sur les
rives. J’ai un peu la gorge serrée. Pas vraiment envie de partir. Pas
encore.
Je
vais au bar pour finir de dépenser mes derniers dirhams. Ils seront
inutilisables ailleurs. Un café, une bière, un autre café. Je vais
jamais y arriver ! Un grand homme noir entre dans le salon-bar. De
loin je l’aperçois. Il fait deux têtes de plus que tout le monde !
Il commande un café et jette un regard circulaire dans la salle. Son
regard s’arrête sur moi et très vite il s’en détourne, prend son café
et jette son sac sur le dos. Il se dirige vers moi. Nous allons faire
connaissance. L’homme
se pose à ma table, parle fort, boit son café, partage sa nourriture
avec moi. Son accent me rend difficile la compréhension de son
discours. A l’inverse, je pense que mon accent ne l’aide pas non plus.
Il arrive de Fès et il retourne en France. Je dis venir de Mekhnès et
aller en France également. Même assis il paraît immense. Ses yeux son
toujours mis clos, comme saturés de fatigue. Il m’offre à boire une
bière, nous parlons du Maroc, j’offre à mon tour à boire. Peu à peu
nous devenons l’un pour l’autre, compagnons de route. Finalement la
discussion perd de sa vigueur à l’arrivée du bateau au port d’Algéziras.
Nous
sortons ensemble du bateau. Il me donne un coup de main pour les
bagages et je le suis au milieu de la foule. Il ouvre largement la voie
au milieu de tous ces gens. Nous filons vers la gare, il est 11h00 du
matin. Le prochain train pour la France via Madrid pour rejoindre Irun
est à 17h00. L’homme me propose de déposer nos bagages en consigne, de
partager les frais et d’aller boire un coup en attendant. Nous
marchons lentement dans les rues. La ville me plait. J’aimerai y rester
quelques jours mais je n’ai d’argent que quelques pesetas qui me feront
seulement patienter jusqu’à 17h00. Dommage. On s’assoit à une terrasse
de bar sur une place de la ville. Il y a un léger vent qui agite les
branches d’arbres en fleurs, des mamans parlent entres elles et les
enfants courent derrières les pigeons et à chaque envol ils rient de
plus belle. Des passants pas très pressés vont et viennent, des
touristes, bob sur la tête et appareil photo pendu autour du coup,
arpente la ville avec leurs sandales de cuir. Nous ne parlons plus. Le
serveur nous emmène les verres à bière un derrière l’autre. Le
spectacle est là, il y a comme une petite musique dans l’air. Pour la
musique il faut dire que nous enfilons bière sur bière et que j’ai
de plus en plus de mal à faire la distinction entre les différentes
formes, les sons et le discours de mon compagnon de route. Sa voix
participe à mon ivresse, je ne le comprend plus très bien. Je propose
de changer d’air. Nous nous levons et à ce moment là, une jeune femme
traverse notre champ de vision. Elle semble être le carrefour
méditerranéen de la beauté. Elle paraît glisser sur le sol, cheveux au
vent. Nous sommes figé sur place. Un flash blanc et la réalité
survient, je regarde mon compagnon et on part en direction de la gare. Sur
la route nous faisons une pause dans une alimentation. J’achète du pain
du tabac, mon compagnon un souvenir pour ses enfants et deux bouteille
de bière, plus une bouteille de vin. On marche encore un peu pour
trouver un coin à l’ombre et tranquille. Maintenant nous parlons de
chez nous, du lieu où l’on vit le plus longtemps. Lui c’est dans le
centre de la France, mais il fait 6 mois/6 mois, il a des enfants en
France et au pays, moi c’est au bord de l’eau à Marseille, la plupart
du temps. Le temps justement semble s’être suspendu un instant. Le vent
est tombé. Nous nous levons et reprenons notre chemin. On passe devant
un bar, peut-être le dernier avant d’arriver à la gare. Il faut dire
que mes sensations, mes perceptions de ce qui m’entoure est floue. On
vide nos poche, il nous reste de quoi boire, on entre dans le bar.
Nous
rentrons discrètement. Le bar est sombre, pas éclairé. Le mobilier est
en bois de couleurs marron foncé. On prend place au comptoir sur deux
lourds tabourets vert et rouge clouté de cuir. La déco est une
profusion d’objets publicitaires et d’ustensile de
bar, envahissant chaque espace, chaque recoin: pailles, cendriers,
verres à bières, à vins, à liqueurs, caisse enregistreuse, stylos,
bloc-notes, machine à café, machine à sous, presse agrume, tasses,
assiettes, œufs, fruits, adresses, téléphones, panneaux d’annonces,
poste radio, tous semble déborder. Une serveuse apparaît et marmonne
quelques mots. Le temps fait une pause à nouveau, la ville ne fait plus
de bruit dans cette espèce de taverne. A ce moment là, mon compagnon de
route lâche un tonitruant « Dos cerveza por favor ! ».
La serveuse prend deux verres, fait couler la bière, nous sert et
encaisse. Mon compagnon de route veut parler et prendre à partie la
serveuse. Ca prend pas. D’un coup, mon compagnon augmente le volume en
criant « Yo soy moreno ! » à tue tête. En se retournant
vers le fond du bar, il prend à partie un homme assis à une table que
je n’avait pas vu en rentrant. Cette personne est assise, sans un verre
à boire et nous guinche d’un œil. Et mon compagnon repart de plus
belle, « hé, si señor ! Yo soy moreno ! no? Ah
Ah Ah, si señor ! La vida es breve ! » L’homme nous fixe
et lance quelques mots en espagnol. Il se lève et vient nous rejoindre
au comptoir. Le temps est revenu à toute berzingue. A
partir de là, dire qu’est-ce qui ce dit, est très difficile à raconter.
Aucun de nous ne maîtrise la langue de l’autre, autan dans la forme que
dans son contenu. Alors tant que l’on demande l’heure ou son chemin, ça
va, mais essayer d’éviter des malentendus qui mèneraient à la fâcherie
des mains en trois langues différentes, ça c’est beaucoup plus
difficile. L’alcool aidant, chacun raconte la sienne. Mon compagnon
persiste qu’il est noir en criant « Yo soy moreno ! »,
(il est con ça se voit en plus !), l’autre homme nous dit qu’il
est le plus vieux d’entre nous (il est con ça se voit en plus !),
et qu’on lui doit le respect, qu’il a été boxeur dans le temps, qu’il
est toujours présent et moi, j’offre des clopes à tout le monde. Le
vieux nous dit de parier à boire sur son age, mon compagnon dit que
non, sur le sien, personne ne trouvera !
Les hommes s’empoignent comme au bras de fer et rigolent mais sans
humour. L’espagnol fait mine de se mettre en garde, poings en avant, il
marque un sérieux théâtral sur son visage, par cela il invite mon
compagnon de route à en faire autan, ce qu’il fait, ça dure une
fraction de seconde et tous deux s’empoignent à nouveau, comme au bras
de fer, en se marrant sans rire. Moi, je commande à boire. L’espagnol
m’interroge sur les marques que j’ai sur les mains. Je lui dit que
c’est du henné et que je reviens du maroc. Il me demande si je suis
marocain. Je dis non, français. Le vieil espagnol ne me croit pas. On
parie encore ! Il sort sa carte d’identité et nous montre qu’il
est espagnol et qu’il a 60 ans. Mon compagnon entonne gaiement son Yo
soy moreno, il sort sa carte et il annonce fièrement 61. On l’a
regardé, le vieil espagnol et moi, on n’y croyais pas. Tous trois on en
quille nos verres, le vieil homme repart au fond du bar, mon compagnon
se lève et demande que l’on s’en ailles et il est déjà dehors. Je vais
voir le vieil homme à sa table, il pleure. Il dit que sa fille est loin
qu’il ne la voit plus. Il prend un stylo et un bout de papier et il
inscrit une adresse. Il me la donne et son visage s’enfuit par la
fenêtre. J’ai pas tout compris. Je sors à mon tour, mon compagnon de
route est là, on repart pour la gare, sans mot. La
gare d’Algéziraz. Le train arrive dans un fracas du tonnerre. On monte,
on prend place dans des cabines à couchettes et mon compagnon me dit
qu’il préfère le lit du bas, je prend celui du haut, la couchette du
milieu est déjà prise par un homme qui dort. On sort dans le couloir,
on regarde par la fenêtre en attendant le départ. Le train se remplit
vite, deux autres personnes prennent placent dans la cabine, le train
démarre dans un boucan d’enfer, on croirait qu’il va craquer d’une
minutes à l’autre. Il fait très chaud dans le train, la clim ne marche
pas. Mon compagnon et moi, une fois le train bien lancé nous allons
nous poser sur le fond du wagon. Ca fait comme un carré privé, on
s’assoit par terre et je sors de quoi écrire. Mon compagnon me demande
ce que je fais en débouchant la bouteille de vin, il veut parler, je
lui explique et il sourit en portant la bouteille de vin à sa bouche.
Un jeune couple prend place avec nous pour fumer un spliff. Ils ont
l’air très heureux, ils font la route en Espagne et suivent la
direction du vent. Le carré VIP s’emplit et chacun parle
à l’autre, interroge l’autre sur ses destinations, partage son tabac,
sa nourriture… Je ne vois bientôt plus que des masques qui me sourient
dans un nuage de fumée. Je me rapproche de mon compagnon et je lui dit
que je vais me coucher. Il rit fort et me demande pourquoi déjà. Je lui
demande s’il n’est pas fatigué, comment il fait pour tenir. Il rit de
plus belle et en ouvrant grand les yeux il me dit «moi, serpent noir,
quand je voyage, je ne dors pas ! ». Mercredi 8h00 Je
ressens comme un énorme poids sur le corps. J’ouvre les yeux, l’air est
irrespirable. Le plafond à 5 cm du visage, la clim qui marche pas, faut
que je me lève prendre l’air. Le train roule toujours et il fait jour.
La chaleur est accablante. Je n’ai plus de chaussures aux pieds et je
cherche mon compagnon de route. Je sors dans le couloir, il est là, il
regarde part la fenêtre. Il se tourne, me voit et rit de bon cœur.
« Tu t’es couché avec tes chaussures ! Ah ! Viens
voir, elles sont là ! Ah ! c’est moi qui te les ai levé, t’as
pas bougé ! Ah ! Tu es jeune ! » Je me réveille peu
à peu, il reste quelques heures avant d’arriver. Mon compagnon
s’allonge sur sa couchette, je me mets en face de lui. Il ferme les
yeux, c’est bien la première fois que je le vois faire ! Par
contre à chaque pas dans le couloir ou paroles trop forte, il ouvre les
yeux, jette son regard en direction du bruit, attend que ça se calme et
referme les yeux. Il est en pause. Il ne dormira pas. Comme je le fixe
du regard il ouvre ses yeux vers moi et sourit, « je ne dors pas, moi, serpent noir, quand je voyage, je ne dors pas ! » Mercredi 17h30 Les
hauts-parleurs résonne dans le train. Bruit inaudible de friture, une
voix semble annoncer une prochaine gare. Mon compagnon me dit que nous
sommes bientôt à la frontière. Hendaye. Nous prenons nos bagages et on
file au bar. On rejoint la foule qui s’agite, bagage en main, prête à
bondir lors de l’arrêt du train. Il y a encore et pourtant 25 bonnes
minutes avant l’arrivée en gare, et encore 5 bonnes minutes avant de
pouvoir descendre, mais non ! Tous s’agitent, chacun dans son
strating-bloc. Mon compagnon et moi on discute avec les autres
voyageurs. Un homme en costard, entame la conversation avec nous. Il
est très élégant mais son visage exprime la fatigue, il suinte un peu
la transpiration et sa coiffure raconte sa nuit, on dirait qu’il a
dormis dans sa valise. La classe, mais la classe froissée. Bah, ça vaut
mieux que pas de classe du tout. Il nous montre du regard un jeune qui
commence tout un speech sur la douane, le passage en douane, les
contrôles, les flics, on est d’accord, il est sous tension. L’homme en
costard nous dit qu’il était avec ce jeune homme dans une cabine du
train. Il prétend l’avoir vu fumer du haschich ! Pauvre homme, si
tu savais… t’aurais du venir hier soir au carré VIP ! Je trouve
toujours étrange les personnes que l’on rencontre par hasards et qui
vous lâche direct leurs préjugés, leurs opinions politiques, ils
paraphrasent tous sur la vie qu’elle est plus comme avant, mais avant
quoi ? Le
train s’arrête. Tout le monde descend. On passe la frontière et j’ai
encore la même sensation. La douane regarde le flot des passants. A
leur hauteur, j’entends un douanier dire à haute voix « Toutes
façon ça se voit sur le visage quand y’en a un qui a quelques choses à
cacher ! » Derrière nous, le jeune homme qui était sous
pression dans le train se fait contrôler. Il fait un peu le mariole
mais il peut pas grand chose. Les douaniers mettent son sac à plat.
Rien. Je pense qu’il a du voir comme moi midnight express ! Mon
compagnon et moi on s’accompagne jusqu’à la bifurcation de nos chemins.
On se serre chaleureusement la main et mon compagnon tient mon regard
avec insistance, parfois les mots sont de trop, « Allez,
ciao ! A la prochaine ! Faut pas rater ton train !
tu arriveras avant moi ! » On se sépare, j’engouffre un escalier,
lui se perd parmi la foule.
Mercredi 18h30 Le
décor à changé. Le train aussi. Je suis en seconde classe à la SNCF et
je trouve cela très luxueux. Je me cale sur un épais fauteuil et je
regarde par la fenêtre. Je ferme les yeux. Plein d’images du
Maroc ! J’entends du bruit, le wagon s’agite un peu. Les
contrôleurs arrivent. Je ferme encore un peu les yeux, ils sont encore
au bout du couloir. J’entends « bonsoir monsieur, billet s’il vous
plait ! », je tends la main et présente mon billet tout plié
au contrôleur qui surpris de l’état du billet me dit « vous
dormiez ? » ça à l’air de l’étonner, on vient juste de
démarrer d’accord, mais je fais comme je veux non ? je lui
répond « un serpent noir m’a dit que lorsque l’on voyage,
il ne faut pas dormir ! ». « non mais, vous savez
monsieur, y’en a qui font semblant de dormir, pour pas qu’on les
contrôle, mais… » il porte mon billet
à son regard inquisiteur et il lit tout bas
« Mekhnès/Marseille ». Il me regarde en poinçonnant
machinalement mon billet et me dit « ça fait d’la route,
hein ? ». Et comment qu’ ça fait d’la route mon
coco ! Quelques passagers autour de moi me dévisage. Je regarde
par la fênetre. Encore une nuit a passer. Je vais être tranquille
jusqu’à Marseille. Jules.©.2006 |