Oldiblog

Fermer
  Créer son blog KaZeo     Rap et RnB     Communauté Ados     Créer un blog gratuit Vendredi 27 novembre 2009   St Séverin  
Planete puzzle
 

puce Serpent noir (le 20/03/2006 à 23h11)


SERPENT NOIR

Lundi 21h00  

Avec Ali je vais à une fête organisée à l’occasion de fiançailles. Nous sommes sur le toit terrasse d’une grande maison. L’air est ni chaud ni frais et le ciel plein d’étoiles. Il y a une ambiance de fête enivrante. Les musiciens invitent tout le monde à danser, les mamans  crient de joie des you-you, invitent à boire ou à manger ce qui est présenté sur les tables et les enfants jouent. De belles jeunes femmes dans de beaux habits ondulent sur la musique invitant à la danse. Des hommes tranquilles parlent entre eux, rient doucement, saluent les nouveaux arrivés ou jouent avec les enfants.

Plus tard, à l’heure du repas, Ali et moi sommes invités avec les hommes, à part. Je m’assoie  avec Ali autour d’une table ronde et un immense plat  arrive : tajine aux pruneaux ! Un homme s’adresse à Ali et me regarde. Ali lui répond en marocain, l’homme me regarde et sourit. Il se pousse un peu, m’invite à m’approcher. L’homme rompt du pain, le partage avec moi et me fait signe de commencer à manger. Comme je ne parle pas marocain, l’homme me lance des regards interrogatifs. J’imagine : d’où viens-tu ? qu’est-ce que tu fais ici ? manger avec les mains ne te dérange pas ? le repas te plait ? Mes yeux gourmands lui font réponse ! Je le regarde et je hoche plusieurs fois la tête en levant les sourcils en l’air. L’homme sourit et semble satisfait. Il hoche la tête également et sur son visage une réelle joie se dessine. Il semble apprécier de partager ce moment avec nous. Il s’adresse à Ali, Ali répond en me traduisant un peu la conversation. J’explique d’où je viens, ce que j’aime ici. Nous retournons à la fête. Manger avec les mains dans le même plat que tout le monde me procure un rapport différent avec la nourriture et les personnes avec qui je mange. Plus que de la convivialité d’un repas partagé, manger avec les mains me donne également une sensation de partage plus généreux, plus respectable de l’autre, de soi.


D’autan diront que ça évite la vaisselle, que c’est pas hygiénique, que chez eux on fait pas comme ça et qu’il vaut mieux faire comme ceci… Foutaises ! La preuve ? La voici : nombre d’entre nous critiquons certaines coutumes et traditions sous prétexte qu’ils trouvent ça bizarre, moyenâgeux, voir choquant et j’en passe. Avouez ! Ce qui nous choque chez les autres, nous semble naturel chez nous, cela prend juste une autre définition. Manger avec les mains ! Cette histoire ! Tu manges ton Kébab avec une fourchette toi ? Et les Nems ? A la cuillère les Nems ? Et la Pizza ? Et la Calde ? Même, je défis quiconque de passer un bon moment à manger des crevettes par l’intermédiaire d’une fourchette et d’un couteau… Mieux ! Imaginez les huîtres ou les moules marinières à la petite cuillère !

J’ai même entendu dire par une jeune étudiante d’Aix-en-Provence, dont l’accent faussement pointu m’écorchait l’esgourde, que le caractère tribal du rapport à la nourriture de certains peuples met en évidence la hiérarchisation de la société dans laquelle les différentes communautés investissent les espaces de pouvoirs. Fermes tes livres-lèvres petite ! Et sors voir le monde ! Elle me racontait ça la bouche pleine de son hamburger… Ecoute petite, de quel peuple crois-tu être ? Toi qui bâfre ton hamburger à pleine main en essayant de ne rien faire couler de la sauce aigre-douce qui gicle d’entre les strates de nourriture de ton burger, de quelles communautés crois-tu faire partie ? Hé, petite, à ton avis, quel espace de pouvoir crois-tu investir en avalant ce clown de Mc Do ? Enfin petite, de ton café colombien du matin, réveillant ta flemme, jusqu’au soir où ton spliff de beuh d’Hollande t’endort, qui investit quoi ? Passons.


Mardi 1h00

En courant j’arrive à la maison des parents d’Ali. Tout le monde m’attend, il reste peu de temps pour rejoindre la gare. Au revoir Myriam et toute la famille ! Quelques minutes plus tard je suis déjà dans le train. Au revoir Mekhnès ! Tes minarets qui surplombent ta médina disparaissent peu à peu. Je n’entend plus le son de tes souks, je ne sens plus l’odeur de tes marchés. Je ne vois plus ni tes rues, ni tes collines. Je rejoins les voyageurs et  le train branque ballant me mène vers Tanger. Nous sommes nombreux dans le wagon. Toutes les places sont prises et bien plus. Un homme en uniforme passe parmi nous en poussant péniblement devant lui un chariot à boissons. Je prend un café. Il est fort et à plus de goût qu’à la SNCF ! Le train s’enfuit dans la nuit. Je commence à fatiguer, il est tard. Après quelques arrêts en gare, le train se vide. Je me dirige vers un autre wagon qui ressemble à un wagon-restaurant sans restaurant. Il fait très sombre. Certains discutent d’autres dorment à même le sol, d’autres encore dorment sur les tables. Je trouve une place. Je mets un sac à terre, les pieds dessus, un sac sur la table, ma tête sur le sac et j’essaie de dormir un peu. Je ne m’arrêterai qu’au terminus, alors… je me laisse envahir par la fatigue et le sommeil. Le train roule vers Tanger, Inch’ Allah.


Mardi 05h00

J’entend gueuler au loin, puis tout près de moi. J’ouvre les yeux et le jour m’éblouis. Nous arrivons à Tanger. La foule s’excite, se presse vers les sorties. Taxis, port,je suis la file qui mène jusqu’à l’embarcadère pour prendre le bateau. Les porteurs te proposent de t’aider contre quelques dirhams, la police locale est présente et surveille le flot des passants. Passeport. Dans ces moments où je passe les ports et en l’occurrence les frontières, je pense toujours au film midnight express. Je n’ai rien à craindre car je ne passe rien, mais la suspicion naturelle de tous les flics de la planete me met mal à l’aise. Surtout lors d’un contrôle de billets ou papiers, lorsque le préposé au contrôle fait une pose courte mais significative entre ta photo et ta trombine. Ce temps de pose là, je ne le comprend jamais. Comme si dans cet instant le contrôleur attendais de l’autre des aveux, un signe de malveillance, voir un vice de forme caché. Bref, me voici à bord du bateau qui lentement quitte la côte. Derniers regards sur les rives. J’ai un peu la gorge serrée. Pas vraiment envie de partir. Pas encore.


Je vais au bar pour finir de dépenser mes derniers dirhams. Ils seront inutilisables ailleurs. Un café, une bière, un autre café. Je vais jamais y arriver ! Un grand homme noir entre dans le salon-bar. De loin je l’aperçois. Il fait deux têtes de plus que tout le monde ! Il commande un café et jette un regard circulaire dans la salle. Son regard s’arrête sur moi et très vite il s’en détourne, prend son café et jette son sac sur le dos. Il se dirige vers moi. Nous allons faire connaissance.

L’homme se pose à ma table, parle fort, boit son café, partage sa nourriture avec moi. Son accent me rend difficile la compréhension de son discours. A l’inverse, je pense que mon accent ne l’aide pas non plus. Il arrive de Fès et il retourne en France. Je dis venir de Mekhnès et aller en France également. Même assis il paraît immense. Ses yeux son toujours mis clos, comme saturés de fatigue. Il m’offre à boire une bière, nous parlons du Maroc, j’offre à mon tour à boire. Peu à peu nous devenons l’un pour l’autre, compagnons de route. Finalement la discussion perd de sa vigueur à l’arrivée du bateau au port d’Algéziras.


Nous sortons ensemble du bateau. Il me donne un coup de main pour les bagages et je le suis au milieu de la foule. Il ouvre largement la voie au milieu de tous ces gens. Nous filons vers la gare, il est 11h00 du matin. Le prochain train pour la France via Madrid pour rejoindre Irun est à 17h00. L’homme me propose de déposer nos bagages en consigne, de partager les frais et d’aller boire un coup en attendant.

Nous marchons lentement dans les rues. La ville me plait. J’aimerai y rester quelques jours mais je n’ai d’argent que quelques pesetas qui me feront seulement patienter jusqu’à 17h00. Dommage. On s’assoit à une terrasse de bar sur une place de la ville. Il y a un léger vent qui agite les branches d’arbres en fleurs, des mamans parlent entres elles et les enfants courent derrières les pigeons et à chaque envol ils rient de plus belle. Des passants pas très pressés vont et viennent, des touristes, bob sur la tête et appareil photo pendu autour du coup, arpente la ville avec leurs sandales de cuir. Nous ne parlons plus. Le serveur nous emmène les verres à bière un derrière l’autre. Le spectacle est là, il y a comme une petite musique dans l’air. Pour la musique il faut dire que nous enfilons bière sur bière et que  j’ai de plus en plus de mal à faire la distinction entre les différentes formes, les sons et le discours de mon compagnon de route. Sa voix participe à mon ivresse, je ne le comprend plus très bien. Je propose de changer d’air. Nous nous levons et à ce moment là, une jeune femme traverse notre champ de vision. Elle semble être le carrefour méditerranéen de la beauté. Elle paraît glisser sur le sol, cheveux au vent. Nous sommes figé sur place. Un flash blanc et la réalité survient, je regarde mon compagnon et on part en direction de la gare.

Sur la route nous faisons une pause dans une alimentation. J’achète du pain du tabac, mon compagnon un souvenir pour ses enfants et deux bouteille de bière, plus une bouteille de vin. On marche encore un peu pour trouver un coin à l’ombre et tranquille. Maintenant nous parlons de chez nous, du lieu où l’on vit le plus longtemps. Lui c’est dans le centre de la France, mais il fait 6 mois/6 mois, il a des enfants en France et au pays, moi c’est au bord de l’eau à Marseille, la plupart du temps. Le temps justement semble s’être suspendu un instant. Le vent est tombé. Nous nous levons et reprenons notre chemin. On passe devant un bar, peut-être le dernier avant d’arriver à la gare. Il faut dire que mes sensations, mes perceptions de ce qui m’entoure est floue. On vide nos poche, il nous reste de quoi boire, on entre dans le bar.


Nous rentrons discrètement. Le bar est sombre, pas éclairé. Le mobilier est en bois de couleurs marron foncé. On prend place au comptoir sur deux lourds tabourets vert et rouge clouté de cuir. La déco est une profusion d’objets publicitaires et d’ustensile de bar, envahissant chaque espace, chaque recoin: pailles, cendriers, verres à bières, à vins, à liqueurs, caisse enregistreuse, stylos, bloc-notes, machine à café, machine à sous, presse agrume, tasses, assiettes, œufs, fruits, adresses, téléphones, panneaux d’annonces, poste radio, tous semble déborder. Une serveuse apparaît et marmonne quelques mots. Le temps fait une pause à nouveau, la ville ne fait plus de bruit dans cette espèce de taverne. A ce moment là, mon compagnon de route lâche un tonitruant « Dos cerveza por favor ! ». La serveuse prend deux verres, fait couler la bière, nous sert et encaisse. Mon compagnon de route veut parler et prendre à partie la serveuse. Ca prend pas. D’un coup, mon compagnon augmente le volume en criant « Yo soy moreno ! » à tue tête. En se retournant vers le fond du bar, il prend à partie un homme assis à une table que je n’avait pas vu en rentrant. Cette personne est assise, sans un verre à boire et nous guinche d’un œil. Et mon compagnon repart de plus belle, « hé, si señor ! Yo soy moreno ! no? Ah Ah Ah, si señor ! La vida es breve ! » L’homme nous fixe et lance quelques mots en espagnol. Il se lève et vient nous rejoindre au comptoir. Le temps est revenu à toute berzingue.  

 

A partir de là, dire qu’est-ce qui ce dit, est très difficile à raconter. Aucun de nous ne maîtrise la langue de l’autre, autan dans la forme que dans son contenu. Alors tant que l’on demande l’heure ou son chemin, ça va, mais essayer d’éviter des malentendus qui mèneraient à la fâcherie des mains en trois langues différentes, ça c’est beaucoup plus difficile. L’alcool aidant, chacun raconte la sienne. Mon compagnon persiste qu’il est noir en criant « Yo soy moreno ! », (il est con ça se voit en plus !), l’autre homme nous dit qu’il est le plus vieux d’entre nous (il est con ça se voit en plus !), et qu’on lui doit le respect, qu’il a été boxeur dans le temps, qu’il est toujours présent et moi, j’offre des clopes à tout le monde. Le vieux nous dit de parier à boire sur son age, mon compagnon dit que non, sur le sien, personne ne  trouvera ! Les hommes s’empoignent comme au bras de fer et rigolent mais sans humour. L’espagnol fait mine de se mettre en garde, poings en avant, il marque un sérieux théâtral sur son visage, par cela il invite mon compagnon de route à en faire autan, ce qu’il fait, ça dure une fraction de seconde et tous deux s’empoignent à nouveau, comme au bras de fer, en se marrant sans rire. Moi, je commande à boire.

L’espagnol m’interroge sur les marques que j’ai sur les mains. Je lui dit que c’est du henné et que je reviens du maroc. Il me demande si je suis marocain. Je dis non, français. Le vieil espagnol ne me croit pas. On parie encore ! Il sort sa carte d’identité et nous montre qu’il est espagnol et qu’il a 60 ans. Mon compagnon entonne gaiement son Yo soy moreno, il sort sa carte et il annonce fièrement 61. On l’a regardé, le vieil espagnol et moi, on n’y croyais pas. Tous trois on en quille nos verres, le vieil homme repart au fond du bar, mon compagnon se lève et demande que l’on s’en ailles et il est déjà dehors. Je vais voir le vieil homme à sa table, il pleure. Il dit que sa fille est loin qu’il ne la voit plus. Il prend un stylo et un bout de papier et il inscrit une adresse. Il me la donne et son visage s’enfuit par la fenêtre. J’ai pas tout compris. Je sors à mon tour, mon compagnon de route est là, on repart pour la gare, sans mot.

 

La gare d’Algéziraz. Le train arrive dans un fracas du tonnerre. On monte, on prend place dans des cabines à couchettes et mon compagnon me dit qu’il préfère le lit du bas, je prend celui du haut, la couchette du milieu est déjà prise par un homme qui dort. On sort dans le couloir, on regarde par la fenêtre en attendant le départ. Le train se remplit vite, deux autres personnes prennent placent dans la cabine, le train démarre dans un boucan d’enfer, on croirait qu’il va craquer d’une minutes à l’autre. Il fait très chaud dans le train, la clim ne marche pas. Mon compagnon et moi, une fois le train bien lancé nous allons nous poser sur le fond du wagon. Ca fait comme un carré privé, on s’assoit par terre et je sors de quoi écrire. Mon compagnon me demande ce que je fais en débouchant la bouteille de vin, il veut parler, je lui explique et il sourit en portant la bouteille de vin à sa bouche. Un jeune couple prend place avec nous pour fumer un spliff. Ils ont l’air très heureux, ils font la route en Espagne et suivent la direction du vent. Le carré VIP s’emplit et chacun  parle à l’autre, interroge l’autre sur ses destinations, partage son tabac, sa nourriture… Je ne vois bientôt plus que des masques qui me sourient dans un nuage de fumée. Je me rapproche de mon compagnon et je lui dit que je vais me coucher. Il rit fort et me demande pourquoi déjà. Je lui demande s’il n’est pas fatigué, comment il fait pour tenir. Il rit de plus belle et en ouvrant grand les yeux il me dit «moi, serpent noir, quand je voyage, je ne dors pas !   ».

 

Mercredi 8h00

Je ressens comme un énorme poids sur le corps. J’ouvre les yeux, l’air est irrespirable. Le plafond à 5 cm du visage, la clim qui marche pas, faut que je me lève prendre l’air. Le train roule toujours et il fait jour. La chaleur est accablante. Je n’ai plus de chaussures aux pieds et je cherche mon compagnon de route. Je sors dans le couloir, il est là, il regarde part la fenêtre. Il se tourne, me voit et rit de bon cœur. « Tu t’es couché avec tes chaussures ! Ah ! Viens voir, elles sont là ! Ah ! c’est moi qui te les ai levé, t’as pas bougé ! Ah ! Tu es jeune ! » Je me réveille peu à peu, il reste quelques heures avant d’arriver. Mon compagnon s’allonge sur sa couchette, je me mets en face de lui. Il ferme les yeux, c’est bien la première fois que je le vois faire ! Par contre à chaque pas dans le couloir ou paroles trop forte, il ouvre les yeux, jette son regard en direction du bruit, attend que ça se calme et referme les yeux. Il est en pause. Il ne dormira pas. Comme je le fixe du regard il ouvre ses yeux vers moi et sourit, « je ne dors pas,  moi, serpent noir, quand je voyage, je ne dors pas ! »

 

Mercredi 17h30

Les hauts-parleurs résonne dans le train. Bruit inaudible de friture, une voix semble annoncer une prochaine gare. Mon compagnon me dit que nous sommes bientôt à la frontière. Hendaye. Nous prenons nos bagages et on file au bar. On rejoint la foule qui s’agite, bagage en main, prête à bondir lors de l’arrêt du train. Il y a encore et pourtant 25 bonnes minutes avant l’arrivée en gare, et encore 5 bonnes minutes avant de pouvoir descendre, mais non ! Tous s’agitent, chacun dans son strating-bloc. Mon compagnon et moi on discute avec les autres voyageurs. Un homme en costard, entame la conversation avec nous. Il est très élégant mais son visage exprime la fatigue, il suinte un peu la transpiration et sa coiffure raconte sa nuit, on dirait qu’il a dormis dans sa valise. La classe, mais la classe froissée. Bah, ça vaut mieux que pas de classe du tout. Il nous montre du regard un jeune qui commence tout un speech sur la douane, le passage en douane, les contrôles, les flics, on est d’accord, il est sous tension. L’homme en costard nous dit qu’il était avec ce jeune homme dans une cabine du train. Il prétend l’avoir vu fumer du haschich ! Pauvre homme, si tu savais… t’aurais du venir hier soir au carré VIP ! Je trouve toujours étrange les personnes que l’on rencontre par hasards et qui vous lâche direct leurs préjugés, leurs opinions politiques, ils paraphrasent tous sur la vie qu’elle est plus comme avant, mais avant quoi ?

 

Le train s’arrête. Tout le monde descend. On passe la frontière et j’ai encore la même sensation. La douane regarde le flot des passants. A leur hauteur, j’entends un douanier dire à haute voix « Toutes façon ça se voit sur le visage quand y’en a un qui a quelques choses à cacher ! » Derrière nous, le jeune homme qui était sous pression dans le train se fait contrôler. Il fait un peu le mariole mais il peut pas grand chose. Les douaniers mettent son sac à plat. Rien. Je pense qu’il a du voir comme moi midnight express ! Mon compagnon et moi on s’accompagne jusqu’à la bifurcation de nos chemins. On se serre chaleureusement la main et mon compagnon tient mon regard avec insistance, parfois les mots sont de trop, « Allez, ciao ! A la prochaine ! Faut pas rater ton train ! tu arriveras avant moi ! » On se sépare, j’engouffre un escalier, lui se perd parmi la foule.


Mercredi 18h30

Le décor à changé. Le train aussi. Je suis en seconde classe à la SNCF et je trouve cela très luxueux. Je me cale sur un épais fauteuil et je regarde par la fenêtre. Je ferme les yeux. Plein d’images du Maroc ! J’entends du bruit, le wagon s’agite un peu. Les contrôleurs arrivent. Je ferme encore un peu les yeux, ils sont encore au bout du couloir. J’entends « bonsoir monsieur, billet s’il vous plait ! », je tends la main et présente mon billet tout plié au contrôleur qui surpris de l’état du billet me dit « vous dormiez ? » ça à l’air de l’étonner, on vient juste de démarrer d’accord, mais je fais comme je veux non ?  je lui répond « un serpent noir m’a dit que lorsque l’on  voyage, il ne faut pas dormir ! ». « non mais, vous savez monsieur, y’en a qui font semblant de dormir, pour pas qu’on les contrôle, mais… »  il porte mon billet à son regard inquisiteur et il lit tout bas « Mekhnès/Marseille ». Il me regarde en poinçonnant machinalement mon billet et me dit « ça fait d’la route, hein ? ». Et comment qu’ ça fait d’la route mon coco ! Quelques passagers autour de moi me dévisage. Je regarde par la fênetre. Encore une nuit a passer. Je vais être tranquille jusqu’à Marseille.

 

 

Jules.©.2006

 

 

 

 

 

 

[ Ajouter un commentaire | 1 commentaire(s) | Imprimer | Permalien ]

puce Smoking Area (le 14/02/2006 à 20h50)

                                                                  SMOKING AREA

Londres en revue. Week-end en express-vision. Métro à Putney Bridge puis bus à Victoria Station pour jusqu’à pied voir Bridge Tower, Buckingam Palace. Le parc aux écureuils, les magasins, le son, les couleurs aussi. Ca va vite ! J’ai l’impression de voir un film défilé sous mes yeux…  C’est un peu comme si j’allais rencontrer les Beatles ou la reine. Tout bouge et je suis à l’agachon. Retour enfin sur Castelo Avenue, à la maison. Le sol ne bouge plus, j’ai plus le tournis !

 

Bises à Sony, Lorine, Léa, William. Métro encore. Bus. 90 minutes de trajet confiné jusqu’à l’aéroport dont j’oublis volontiers le nom ; pour rater l’avion… Il n’y a plus de vol jusqu’à demain, je paye encore, je dis à l’hôtesse que sa compagnie c’est du fucking et elle me répond ne pas vouloir me suer. Quelle idée ! Je ne me balancerai pas dans ce vertige avec elle ! Je tourne en rond.

 

Je vais au bar. Je m’offre une bière. J’attendrai donc 12 heures dans un aquarium-aéroport de Londres… Il y a des vitres du sol au plafond ; comme déjà dans les airs… 20 heures. Un samwich au Piri-Piri, une autre bière, une beek’s, puis une autre et encore une… Quelques-unes.

J'ai moins de pez alors je passe au café bien chaud, bien noir. Un, deux. Encore un, avant que ça ferme. Je garde une pièce pour le café du matin. Ca y est. Tout le monde dehors. Bah ! De tout façon, on est pas vraiment dedans.

 

Je sors fumer. J’ai pas envie, en plus, de me faire jeter parce qu’il est interdit de n’avoir rien d’autre à faire que d’attendre… Je rentre dans l’aquarium. Le temps, d’un seul coup, prend une sacrée extension dans la gueule. Ouais! comme à la Sécu. Le trafic se ralenti dans l’aéroport. Le fond sonore s’apaise, les guichets se vident. Quelques personnes s’étalent sur les chaises-banquettes. Et eux ? Ils ont aussi raté leur avion ? Au fond de l’aéroport, il y a 2 jeunes garçons qui jouent avec une porte-valises à roulettes. Chacun son tour, la plus longue glissade vaut des rires et un nouveau challenge. Plus loin, d’autres, assis en tailleur, jouent aux cartes sur leur valise. Je ressors fumer. Je rentre. Je ressors fumer. Je rentre à nouveau. Pour finir je reste toujours avec le froid sur moi. Dans moi. Ca m’énerve. De sortir. Au bout de 5 ou 6 clopes ça m’énerve de fumer. Je rentre. Je pense à arrêter de fumer en même temps que je pense que ça ne marchera pas. Pas ce soir.

 

Il y a un homme à chapeau qui tourne en rond à l’intérieur du bocal de l’aquarium-aéroport. Il marche sur toute la longueur d’une vitre. Il fait une pause au niveau de la poutre métallique qui sépare une autre longueur de vitre, et il reprend, à nouveau, d’un pas lent son parcours, un air figé et grave sur le visage. Son regard se jette dehors, dans le noir de la nuit. Avec ces grandes vitres il y a un effet miroir. L’image de cet homme s’y reflète. On dirait que son double le suit, comme un hologramme. J’ai l’impression qu’il parle et en lui, et à lui ; d’un long monologue qui l’accompagne. Une poutre arrête son regard, l’image disparaît, son visage devient plus perplexe, interrogatif, mais reste toujours aussi grave. Puis il repart. Inlassablement. De temps en temps il lève son chapeau, le fait tourner entre ses mains comme un chapelet puis le remet, à la même place. Les joueurs de cartes se sont endormis, il n’y a plus de challenge à roulette et l’aéroport est stand by.

Je sors fumer. Tant pis pour le froid ! J’ai pas sommeil. Le brouillard envahit le sol, les nuages ont pris d’assaut le ciel. Ca forme une tranche d’air vide entre le brouillard et les nuages, plus foncé… Ou voler au dessus des nuages ou voler au dessus du brouillard! Ca doit être ça ; certains au dessus et d’autres entre 2 eaux… je rentre chercher un siège.

 

Je trouve un coin de banquette pour m’asseoir. A côté de moi il y a un jeune couple. La fille dort la tête enfouit sous une veste, sur les genoux du gars. J’ai déjà envie de fumer. Je cherche des yeux l’homme qui marche près des vitres. Il a disparu. D’un coup je l’aperçois autour d’un kiosque à journaux. Il regarde attentivement chaque cadre, lit chaque panneau, chaque ligne, chaque mot, regarde chaque image, détaille chaque objet scrupuleusement. Je me dis qu’il inspecte tout, qu’il va tout savoir et qu’après peut-être il va me rejoindre et qu’on va jouer, qu’il va me poser des questions, pour voir si je sais, si j’ai vu ou remarquer et il faudra deviner, on comptera les points etc. Il poursuit de bas en haut son inspection méticuleuse, il vient de disparaître derrière le kiosque. Oui, mais là, je ne le vois plus. Peut-être qu’il s’est arrêté. Peut-être qu’il fait semblant d’ailleurs. C’est une tactique. Pour se rapprocher de moi, discrètement pardi! C’est un agent d’Interpol qui veut me transmettre un message super secret et ultra confidentiel de Scotland Yard. Qui sait ? A moins que comme Jack l’éventreur ou je ne sais quel Mister Hide, il est énervé d’avoir raté son avion et il va en trucider un ce soir! Bref. Je fais du mieux que je peux pour mon apparence d’espion discret (on sait jamais), mais je conserve mon instinct de survie. (On sait jamais.)

 

Je sais même pas quelle heure il est ! Plus de batterie au portable et d’où je me trouve je ne vois pas d’horloge. J’ai envie de fumer mais j’ai la flemme de me lever. Puis on sait jamais avec l’autre qui tourne en rond. Le couple remue à côté de moi. Le gars se réveille, me regarde, m’évalue d’un coup d’œil, je fais un sourire et il feint de m’en renvoyer un. Il a les yeux comme les gobies avec de sacrés anchois sous la paupière ! La fille, toujours la tête enfouit sous la veste, se redresse et marmonne un truc incompréhensible. Le gars répond par un « Mmmh ! » court et très grave. La fille se rendort aussitôt. On se regarde avec le gars et on rit doucement.
Tiens, v’là notre homme qui parcourt l’aéroport en large et en travers ! Tiens, qu’est-ce qu’il lit ? C’est les menus des cafétérias/bar. Est-ce que comme les abeilles, par son cheminement savant, il veut me dire un message codé ? Mais pourquoi les menus ? Un truc bête comme chou? Peut-être que y a pas de quoi se fendre la pêche, « les carottes sont cuitent! », "c'est la fin des haricots!", les beauf-carottes anglais sont là, le panier à salade aussi, dehors, est là, à m'attendre, pour m'embarquer, me filer des chataîgnes et me péter la cerise, ou pire, me mettre une prune dans l'lard, pour finir, six pied sous terre, à manger les pissenlits par la racine! Et moi, je suis là, sans bouger,comme un concombre; je poirôte en me pressant le citron. J'en fiche pas une datte! Lui il est là, c'est pas un cornichon, parle pas avec une patate chaude dans la bouche, lui, l'est pas venu là pour faire chou blanc. Il coupera pas la poire en deux si je lui raconte des salades! On est frit comme des sardines à l'huile, ils vont tous débarquer d’une minute à l’autre ! Interpol
sortant du Yellow Submarine, le Kgb et Zangief de Fight Simulator, la Cia, Clint Eastwood et le Fbi-Aîe! Sherlock Holmes et Philléas Fog seront là aussi, et heureusement, Jessica Fletcher sera là également, elle avait bien remarqué, elle aussi, le petit manège des joueurs de cartes, qui avaient déjà sacagé ses rosiers dans son jardin, cet après-midi vers quatre heures, lorsqu'ils prenaient le thé, elle et ce cher Hercule Poirot, en compagnie de cette merveilleuse et tendre Miss Marples! Pffou… ! Il me gonfle ce scénario !

En tout cas, l’homme se rapproche. Il marche dans ma direction, toujours le regard perdu dans ses pensées et il s’arrête à hauteur de panneaux d’informations tout près de la banquette d’où je me trouve. J’allumerai bien un clope. Je lève les yeux avec lui et j’ai l’impression que nous lisons en même temps les mêmes inscriptions. Je me sens invité à faire avec lui l’inspection de cet espace où nous nous trouvons. Je lis : Arrivals… il y a une flèche, des symboles de voiture, bus, un P de parking, une fourchette, un couteau...
Mon regard se porte sur un petit écriteau, à coté de moi. Je n’y avait pas fait attention au par avant, il n’était pas dans mon champ de vision. J’ouvre bien les yeux, difficilement je fais la mise au point et je lis : Smoking Area

J’ai roulé un clope de mon tabac « Golden Virginia » et jusqu’au départ de l’avion, en rond de fumée, j’ai fini la blague.


 

 

 

 

 

[ Ajouter un commentaire | 2 commentaire(s) | Imprimer | Permalien ]

 

puceMises à jour

 - Requiem pour l'industrie du disque News 24/08/2005
 - ALLEZ VOTEZ ! Articles 21/04/2007
 - La banda puzzle...! Photos 27/08/2005